définition et chiffres

Évangélisme et al

Environ 40% de la population étasunienne se présente sous l´étiquette d´ «évangélique». Ce sont ces 40% qui ont réélu George W. Bush aux présidentielles de 2004. Ils ont amené les valeurs chrétiennes (entre autres, la lutte contre l´avortement et l´homosexualité) au cour de la vie politique américaine. Leur pouvoir économique leur permet de partir en croisade sur toute la planète pour mener à bien leur rêve d´évangélisation.

Dernièrement, en Europe, qu´on lise la presse, qu´on regarde le petit ou le grand écran, qu´on achète des livres, ou que l´on choisisse une école pour ses enfants, on a l´impression que l´ «évangélisme» est partout. Quand un terme s´insinue dans autant d´aspects de notre vie, on a vite fait d´oublier ce qu´il signifie vraiment. Au pire des cas, on ne l´a jamais su. L´évangélisme, qu´est- ce que c´est?

Vu la diversité interne du mouvement -interconfessionnel-, les pratiques variables qu´il génère, des plus orthodoxes aux plus fantaisistes, et son caractère décentralisé (aucune institution ne représente tous les évangélistes du monde; le réseaux évangélistes sont atomisés), toute tentative de définition se heurte à une irréductible équivocité(1).

Stricto sensu, l´évangélisme ne désigne qu´un des courants du protestantisme conservateur(2), le protestantisme évangélique. Toutefois le même terme est souvent employé au sens large comme un générique cristallisant de nombreux courants protestants (voire même, dans une moindre mesure, catholiques) sur base de quatre caractéristiques communes. En vulgarisant, donc, l´évangélisme est le dénominateur commun d´une kyrielle de courants protestants conservateurs(3). Parmi les dénominations les plus répandues au sein du courant évangélique, citons le pentecôtisme, baptisme, l´adventisme du septième jour, le méthodisme, et al.

On définit donc l´évangélisme sur base de quatre lignes directrices, communes à tous les courants évangéliques: la conversion, le biblicisme, le crucicentrisme, et le militantisme(4).

Conversion

Premièrement, les évangéliques accordent une place essentielle à l´expérience personnelle de la conversion. Conformément, on n´est pas chrétien par héritage, mais on le devient à travers une expérience de conversion, de nouvelle naissance (d´où l´expression de «Born Again Christian»), après une rencontre personnelle avec Jésus, par exemple. Dès lors, les évangéliques préfèrent, au baptême du nourrisson, le baptême de converti, marquant un nouveau départ dans la vie(5).

Biblicisme

La seconde caractéristique, le biblicisme, réfère à la centralité de la Bible et non pas de l´Eglise comme autorité dans la vie et la foi des croyants, ce qui vaut par ailleurs pour tous les protestants. Ici toutefois, biblicisme signifie aussi une lecture littérale et un respect dogmatique des textes de la bible. Les évangéliques fondamentalistes prônent l´inerrance biblique; une position doctrinale qui affirme l´autorité de la bible dans les domaines scientifiques, historiques et géographiques. Les métaphores bibliques n´en sont donc plus, elles sont des vérités absolues: les écrits bibliques rapportent des faits qui ne s´assujettissent à aucune interprétation. Le créationnisme, inhérent à l´évangélisme, nie la théorie de l´évolution de Darwin et affirme que la Terre fut créée par Dieu en 6 jours. Aux Etats- Unis, 48% de la population accepte la vision créationniste de l´origine du monde(7).

Crucicentrisme

Le crucicentrisme nous rappelle que les évangéliques sont avant tout des chrétiens. L´épisode de la crucifixion de Jésus Christ symbolise dans la chrétienté l´unique possibilité de salut pour l´humanité. Les évangéliques privilégient une vision dramatique de la crucifixion, marquant un avant (représenté par la condamnation de Jésus, le péché, qui produit la mort) et un après (une fois que Jésus Christ a payé la dette de l´humanité, se sacrifiant pour tous). Pour les évangéliques, seuls les croyants fidèles qui reconnaissent l´ouvre de la croix seront sauvés. Les hommes doivent reconnaître que la crucifixion est le point central de l´histoire humaine, sans lequel l ´humanité ne pourrait avoir lieu. On comprend dés lors le soutien des évangéliques au film «La Passion» de Mel Gibson, qui au-delà des critiques d´excès de violence qu´il a suscitées, a ravi les évangéliques en rendant à la crucifixion son heure de gloire(8).

Militantisme

Enfin, comme corollaire à la conversion et au caractère personnel de la foi, le militantisme est la quatrième grande caractéristique des courants évangéliques. L´étape de la conversion marque un nouveau départ dans la vie du nouveau chrétien; sa nouvelle vie doit rompre avec sa vie d´antan - l´évangélisme se nourrit d´une vision duale des choses, du monde, de la vie. Le born again a, grâce à sa conversion, découvert la vérité sur le monde (celle de la Bible), et se doit dès lors de la répandre autour de lui. De cette manière la présence de Dieu est mise en emphase car la meilleure manière de faire exister Dieu, c´est de le louer et de manifester sa présence. Les évangéliques, grâce à des ressources financières et humaines faramineuses, organisent donc des croisades sur tous les continents pour apporter la bonne nouvelle aux infidèles et les convertir au christianisme. Des bibles sont distribuées par millions dans les hôpitaux, les écoles, les hôtels; des écoles évangéliques assurent la formation de la relève missionnaire ; les joueurs de football professionnels deviennent des symboles de conversion : un dispositif d´évangélisation à l´échelle mondiale est mis en place, participant au succès planétaire du néoprotestantisme dont témoignent ces dernières décennies.

 

[1] FATH, Sébastien, chercheur au CNRS, sociologue spécialiste du protestantisme évangélique, notamment. Voir son blog
[2] WOODERBERRY R. and SMITH C., « Fundamentalism et al : Conservative Protestant in America », in : Annual Review of Sociology, vol24 (1998), p26
[3] Pour éviter la confusion avec les quatre évangélistes, Marc, Mathieu, Luc et Jean, nous utiliserons ici le terme « évangélique » et non « évangéliste » pour traduire le terme anglais evangelical.
[4] Ces quatre critères de l´évangélisme ont été définis par David W. Bebbington, docteur en Histoire, professeur à l´Université de Stirling en Ecosse
[5] FATH, Sébastien, chercheur au CNRS, sociologue spécialiste du protestantisme évangélique, notamment. Voir son blog http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/
[6] The Economist, "Stop in the name.", November 1st 2007
[7] FATH, Sébastien, chercheur au CNRS, sociologue spécialiste du protestantisme évangélique, notamment. Voir son blog